Le chemin de vie de Zébédée

Le chemin de vie de Zébédée est le fruit du travail de l’atelier d’art plastique animé Mickaël Frontini, prêtre et artiste peintre.

Conçu à partir de l’évangile de Marc, ce chemin de croix a été réalisé en deux exemplaires : un pour le couvent de Bouvines et l’autre pour le diocèse de Marseille. C’est avec beaucoup de fierté que le groupe de Zébédée voit ses œuvres offert à votre méditation.

Exposition à Saint-Ferréol du jeudi 8 mars au samedi 7 avril 2018

« Zébédée, c’est une famille très explosive ! On y retrouve des amis, on s’entend bien, quelquefois, ça pète ! Mais on se respecte toujours. » Louise résume bien l’ambiance qui règne dans le local. On s’interpelle,on rit, on discute, on se dispute un peu. Bref, il y a de la vie ! Ce vendredi, l’atelier peinture prépare l’exposition de son œuvre.

Rencontre à Diaconia 2013

L’aventure du Chemin de croix a commencé… à Bouvines, dans le Nord. La Communauté du Chemin Neuf, à qui a été confié l’ancien monastère des Dominicaines contemplatives, a demandé au P. Mickaël Frontini, artiste-peintre, de réaliser un Chemin de croix pour la chapelle. Il commence à travailler, seul, sur les textes de la Passion dans l’évangile de Marc.

Arrive Diaconia 2013, à Lourdes. Le P. Mickaël, qui est en lien avec le Réseau Saint-Laurent, rencontre le groupe de Zébédée et son fondateur, le P. Marcel Baldacchino. Prêtre du diocèse de Lyon, mais résident alors à Marseille, Mickaël est invité à l’atelier d’arts plastiques du vendredi. Il propose aux participants de réaliser le Chemin de croix avec lui.

« Mickaël hésitait à faire cette proposition, se souvient Marcel Baldacchino. Il attendait de voir la réaction du groupe. » Certains ont été tout de suite partants, d’autres ont préféré continuer leurs projets personnels. « Doucement, les autres ont fini par s’y mettre… » Finalement, tous les membres de l’atelier ont été partie prenante.

Une œuvre collective

Il a fallu trois mois d’apprivoisement. « Nous ne savions pas dessiner, raconte Suzanne. Mickaël nous a fait essayer des techniques simples pour que nous soyons à l’aise. Dans nos gribouillis, il nous a montré les choses qu’on ne voyait pas. » « Ma première colombe ne ressemblait à rien, et il l’a prise pour modèle ! » ajoute Jeannot. Jean-Marie, qui pratiquait déjà l’aquarelle et la mosaïque, a apporté beaucoup de son expérience, estiment ses compagnons.

Les participants sont d’accord pour travailler sur l’évangile de Marc et pour réaliser ensemble chaque station, et non chacun une station : « Il n’y avait pas de modèle choisi à l’avance. Nous commencions par un temps de lecture d’évangile, pour nous imprégner du texte et nous mettre à son service. Ensuite, chacun faisait son esquisse avec des papiers découpés et collés. On les mettait au mur et on votait. Parfois, il y avait unanimité. Sinon, on faisait une synthèse de ceux qui avaient le plus de voix. »

Un langage de matières

« Chacun a bénéficié du travail des autres, sous l’œil vigilant de Mickaël, note le P. Marcel. Il nous a guidés pour réaliser ce que nous voulions. » « Je suis un peintre abstrait, explique le P. Frontini. Je n’avais pas d’idées préconçues, j’étais assez ouvert à ce qui pouvait se faire. J’aime chercher des techniques différentes. Nous avons inventé un langage de matières. Soumis à des défis techniques, il a fallu s’adapter !

Tous les portraits sont en ficelle. Réaliser le portrait de Jésus en ficelle, seul, je n’aurais jamais osé ! Le carton recouvert de tissu reproduit le granulé de la peau. Les empreintes de ficelles sur du papier de soie figurent le parfum qui coule à Béthanie. Nous avons utilisé du carton, des tissus brodés, des perles pour les yeux, des écorces pour la croix, des clous, du plexiglas… »

La Bible avec les yeux et les mains

Le résultat ? « Il est magnifique, estime Suzanne. Grâce à Mickaël, qui venait d’une autre planète, on a appris à mieux connaître la Bible avec les yeux et avec les mains ! » « C’est vraiment de l’art, renchérit Jeannot. Je suis le dernier arrivé, je suis resté bouche bée ! J’ai appris le dessin… et la patience : il en faut pour faire des cheveux avec des bouts de ficelle ! » « Du temps et de la patience », c’est aussi ce que retient Jean-Pierre, qui s’est peu à peu investi dans ce travail minutieux. Louise a apprécié le travail d’équipe : « On a passé de bons moments. On se demandait à quoi ça allait aboutir… Mickaël a aplani toutes les difficultés. »

Jean-Michel s’est investi dans la réalisation des cadres, qu’il a découpés, vernis et mis en place. Quant à Jean-Marie, il est encore étonné, car il ne pensait pas que ce projet un peu fou arriverait à son terme ! « L’autre Jean-Pierre » a été surtout intéressé par la halte spirituelle au cours de laquelle le groupe a médité pour réaliser le livret qui accompagne l’exposition, avec des phrases d’Évangile et des textes, car le Chemin de croix est fait pour aider à prier.

Un projet fédérateur

Annie, présidente de Zébédée, se dit enchantée :« J’ai admiré leur travail, senti la patte d’un maître de l’art. C’est un projet qui fédère ce petit groupe. Pour tout projet, il faut un élément moteur et compétent.

Dans cette démarche artistique et spirituelle, il y a tout ce qui fait l’esprit de Zébédée : l’accueil de toutes les expressions, de toutes les confessions. »« Les rencontres du vendredi après-midi nous ont fait redécouvrir le sens de la prière, constate le P. Baldacchino. En réalisant cette oeuvre spirituelle, nous avons pris conscience qu’on ne prie pas seulement dans le silence, mais aussi en vivant quelque chose d’important entre nous. »

En deux ans, le groupe a réalisé non pas un, mais deux Chemins de croix, un pour Bouvines et un pour Marseille. Début juillet, les artistes de Zébédée se rendront au monastère où leurs panneaux ont été accrochés. Après les expositions à La Rose, au Mistral et à Saint-Victor, le Chemin de vie deviendra la propriété du diocèse. De cette expérience extraordinaire, Zébédée gardera un tableau en papier collé dans son oratoire. Les Zébédéens auraient bien voulu retenir Mickaël, mais il va bientôt repartir dans son diocèse d’origine…Quant à l’avenir de l’atelier, « il est à Dieu ! »

Dominique Paquier-Galliard
Eglise à Marseille, février 2016

 

Chemin de vie de Zébédée du Diocèse de Marseille